sorties en quarts par l’Italie, les Bleues ont tout de même réussi leur tournoi

L’équipe de France féminine sort de l’Euro de volley-ball avec les honneurs, malgré la défaite en quarts de finale de la compétition, mardi 29 août, face à l’Italie en trois sets (25-14, 29-27, 25-13). Invaincues, les Transalpines n’ont toujours pas perdu le moindre set depuis le début de la compétition. A Florence, les Bleues (qui jouaient en rouge ce soir) ne partaient pas favorites : les Italiennes, deuxièmes au classement mondial derrière la Turquie, font figure d’épouvantail dans le tournoi, elles qui ont remporté l’Euro 2021 et la Ligue des nations 2022.

Dominées au bloc défense par des adversaires plus grandes qu’elles, les Françaises ont développé un jeu trop prévisible, privilégiant systématiquement les ailes, et ont été régulièrement contrées. Elles ont cependant eu le mérite de résister, au point de pousser l’Italie dans ses retranchements au deuxième set, obtenant plusieurs balles de set. Côté italien, la capitaine Miriam Sylla et la pointue Ekaterina Antropova, une joueuse de 2,02 m naturalisée cet été, ont martyrisé la défense tricolore.

Qu’importe. Avec cinq succès en sept matchs et un deuxième quart de finale de rang dans la compétition continentale, jamais la France n’avait obtenu de si bons résultats. Il y a cinq ans, elle était encore aux alentours de la 50e place au classement des nations. A moins d’un an des Jeux de Paris 2024, les Bleues ont montré qu’elles pourraient faire mieux que de la figuration lors du rendez-vous olympique, auquel elles participeront pour la première fois de leur histoire – qualifiées d’office en tant que représentantes du pays hôte.

Il n’est pas encore question de médaille pour une équipe pointant désormais vers le 15e rang mondial, mais les Françaises ont confirmé les nets progrès observés depuis 2021. Après avoir remporté la Ligue européenne (deuxième division mondiale) en 2022, puis la Challenger Cup en juillet, elles ont développé un jeu ambitieux lors de cet Euro, notamment sur le plan offensif.

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« C’est frustrant car on perd en trois sets contre l’Italie, comme contre les Pays-Bas. On est capables de produire par moments un jeu presque égal à ces équipes, mais on gère mal les moments décisifs. Les joueuses doivent apprendre à mieux contrôler leurs émotions dans ces moments-là », s’est exprimé au micro de La chaîne L’Equipe Emile Rousseaux, ancien international belge (243 sélections), à la tête de la sélection tricolore depuis 2018.

Avec la capitaine Héléna Cazaute et la pointue Lucille Gicquel, les Bleues possèdent des fers de lance capables de leur faire franchir les paliers qui les séparent encore du plus haut niveau international. Agées de 25 ans, les deux joueuses se sont aguerries à l’étranger, en Serie A, le championnat italien réputé pour être le plus relevé avec la ligue turque.

« C’est l’une des clefs des progrès de l’équipe de France, estime d’ailleurs Héléna Cazaute. Partir à l’étranger permet aux joueuses de franchir des caps, d’acquérir de l’expérience. » Après une saison réussie à Chieri, près de Turin, la réceptionneuse-attaquante portera la saison prochaine les couleurs de Milan, l’un des poids lourds de Serie A.

Lucille Gicquel, elle, vient de signer au Nilüfer Belediyespor, en Turquie, après une année galère marquée par des blessures à Coni. La fille de l’ex-athlète Jean-Charles Gicquel, spécialiste du saut en hauteur, a fait ses classes en 2020-2021 à Conegliano (Italie) comme doublure de la star transalpine Paola Egonu, qui n’a joué que quelques minutes mardi soir.

Quatre Françaises à l’étranger

L’autre grande satisfaction de cet Euro a été la constance de Nina Stojiljkovic au poste de passeuse. « Nina a été très critiquée ces dernières années mais elle n’a pas lâché. Beaucoup disaient que nous n’avions pas de bonne passeuse en France, elle a prouvé le contraire. Mentalement, elle a passé un cap », félicite Héléna Cazaute. Faute d’obtenir la confiance d’un club français, la jeune femme a dû s’exiler dans des ligues mineures pour obtenir du temps de jeu, d’abord à Maribor, en Slovénie, puis au Partizan Belgrade, en Serbie. La saison prochaine, elle découvrira la Roumanie sous les couleurs du Dinamo Bucarest.

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Avec Amandha Sylves (Coni, Italie), elles sont désormais quatre tricolores à s’épanouir hors des frontières hexagonales. Solidement installée au poste de centrale malgré son jeune âge (22 ans), l’Antillaise incarne le futur de la sélection. Dans son sillage, les réceptionneuses-attaquantes Amélie Rotar (22 ans) et Halimatou Bah (19 ans), ou encore la passeuse Emilie Respaut (20 ans), apportent du sang neuf au groupe.

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Toutes ont pour point commun d’être sorties du moule France Avenir 2024, le projet mis en place en 2017 par la Fédération française de volley et la Ligue nationale de volley pour donner du temps de jeu, dans le championnat, à des jeunes de 16 à 21 ans issues de la formation locale et regroupées au sein d’un unique Pôle espoir.

Entre les nouvelles et les anciennes, la mayonnaise a pris et le climat semble serein. « Nous formons un groupe de copines, témoigne Lucille Gicquel. On se connaît bien, on prend du plaisir à passer beaucoup de temps ensemble chaque été. Cette solidarité nous permet de tenir le coup dans les moments difficiles. »

Franchir de nouveaux paliers

Contre l’Italie et les Pays-Bas, les Bleues ont cependant pu mesurer le chemin qu’il leur reste à parcourir pour rejoindre l’élite du volley mondial. L’équipe de France possède désormais un sept majeur compétitif au plus haut niveau mais elle reste pénalisée par la faiblesse de son banc. Sur la durée du tournoi, ce handicap a pesé lourd.

Leur progression incite cependant à l’optimisme, d’autant que la moyenne d’âge du groupe ne dépasse pas 24 ans. Pour le sélectionneur, Emile Rousseaux, la priorité est de continuer à faire grandir le vivier de volleyeuses tricolores, point qui reste, à ses yeux, le principal frein.

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Grâce à leur succès en Challenger Cup, en juillet, les Bleues disputeront la saison prochaine, juste avant les Jeux de Paris, la Ligue des nations, compétition opposant chaque été les seize meilleures sélections mondiales. Lucille Gicquel s’en réjouit par avance : « Cela va nous permettre de nous confronter aux meilleures. C’est ce qui nous manque pour franchir un nouveau palier, pour accéder au très haut niveau. »