« On se disait que si on battait l’équipe de l’Armée rouge, on pouvait devenir indépendants »

Kaunas est une étrange cité. Un mélange d’immeubles Art déco, de jolies rues pavées, de bustes d’hommes d’Eglise et de clubs de striptease. Le parc Santakos, à l’ouest de la ville – la deuxième de Lituanie, avec 300 000 habitants –, accueille des jeux pour enfants et des couples en quête de tranquillité, sous le regard d’une statue du pape Jean-Paul II. Non loin de là, sur des terrains en caoutchouc, des parties de basket s’improvisent, en ces premiers beaux jours de mai.

Donatas Kosiuba, 35 ans, sue à grosses gouttes. Cet ouvrier dans le bâtiment, sec comme un marathonien, profite de sa pause déjeuner pour affronter un ami en un contre un. « Le basket, c’est notre seconde religion », ahane-t-il. Tout le monde, ou presque, pratique ce sport dans ce pays de 2,8 millions d’habitants. Ou, au minimum, a un avis à ­donner sur la question.

Le trentenaire désigne un bâtiment derrière son épaule : « C’est le musée de l’histoire du basket. Il a été fondé par Arvydas Sabonis, notre légende. » L’homme le plus célèbre de Lituanie, à n’en pas douter. Un géant de 2,21 mètres, aux mains de fée et aux tendons d’argile, qui, dans les années 1980, fit les beaux jours de son club, le Žalgiris Kaunas, l’institution phare de la ville.

Arvydas Sabonis et ses coéquipiers, hilares

Considéré à l’époque comme le meilleur joueur du monde en dehors des Etats-Unis, « Sabas » – c’est son ­surnom – a déployé ses talents en Espagne, puis, une fois la Lituanie libérée de l’emprise soviétique, en NBA. Aujourd’hui encore, des pancartes à son effigie, sur lesquelles il porte son maillot des Portland Trail Blazers, une franchise de la NBA du nord-ouest des Etats-Unis, ornent les façades des restaurants de Kaunas.

Le musée qu’il a fondé retrace l’épopée du basket local, de son introduction dans ce petit Etat balte, en 1922, jusqu’au titre de champion d’Europe obtenu par l’équipe nationale, en 2003. Des trophées, des médailles… Rien de plus ennuyeux qu’un musée consacré au sport. Une photo détonne, néanmoins, parmi les images de joueurs en maillot.

On y voit Arvydas Sabonis et ses coéquipiers, hilares, vêtus d’un tee-shirt rock aux couleurs jaune vert rouge du drapeau lituanien, sur lequel est représenté un squelette en train de dunker (marquer en s’accrochant au panier avec la main). Une phrase barre la photo : « Better dead than red » (« plutôt mort que rouge »). Elle date de 1992. Le souvenir d’un épisode qui lie à jamais la Lituanie aux Etats-Unis en général, et à la NBA en particulier.

Sarūnas Marčiulionis, un monument

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