Le Sénégal veut s’imposer sur la carte mondiale du surf

Sur la longue plage de Yoff, à Dakar, une trentaine de jeunes surfeurs se mettent en ligne face à l’océan. Planche sous le bras, Sokhna, 11 ans, est prête à bondir pour attraper la meilleure vague. « Je veux devenir championne de surf », lance avec aplomb la jeune fille, qui vient s’entraîner ici deux ou trois fois par semaine.

Ce 18 juin, journée internationale du surf, une compétition ouverte à tous est organisée par la fédération sénégalaise. « C’est un moyen d’habituer les jeunes surfeurs aux règles des championnats internationaux », explique Oumar Sèye, nouveau président de la Confédération africaine de surf. Ce pionnier avait déjà réussi à faire venir dans son pays, en 2019, une étape des qualifications pour les championnats du monde de surf. Une première en Afrique de l’Ouest, qui a permis au Sénégal de s’imposer sur la carte internationale de ce sport à la suite de l’Afrique du Sud et du Maroc, les grandes nations de la glisse sur le continent.

Présentation de la série Surf : la nouvelle vague africaine

Les atouts de ce pays situé à la pointe d’Afrique de l’Ouest sont nombreux : à cinq heures de vol de l’Europe, il est doté toute l’année de vagues de qualité sur de nombreux spots accessibles et proches des grandes villes. Une réputation qui a attiré le Brésilien Italo Ferreira, champion du monde et premier médaillé olympique, venu s’entraîner à Dakar en 2021. Cette visite, tout comme l’étape qualificative de la World Surf League, a permis de « montrer aux professionnels internationaux que nous faisons du surf et que nous avons des athlètes », souligne Soulaye Mbengue, secrétaire général de la Fédération sénégalaise de surf, créée en 2017.

Plus de 300 licenciés

Avec neuf écoles affiliées et plus de 300 licenciés, le surf sénégalais est en plein boom. Mais le matériel est onéreux et le pays manque de planches ou de combinaisons. « Il n’y a pas d’écosystème sur place, donc nous devons tout importer », constate Soulaye Mbengue. Un frein à la professionnalisation de la discipline, alors que les contrats de sponsoring sont encore rares dans le pays. Ceux-ci sont indispensables pour pouvoir acheter l’équipement, financer les voyages et les compétitions internationales. Jusqu’ici, seuls le nonuple champion du Sénégal, Chérif Fall (avec Billabong), et Ibra Samb (avec Volcom) ont réussi à décrocher le sésame.

Agé de 25 ans, Ibra Samb a d’abord appris à glisser sur les vagues de Ngor, une commune de Dakar, sur des planches en bois issues de vieilles pirogues de pêche. C’est seulement à l’âge de 13 ans que son frère lui a finalement acheté une planche qui appartenait à un expatrié. « Mon père, qui est pêcheur, voulait que je prenne la relève, car le surf n’est pas bien considéré ici », se rappelle-t-il. Le jeune homme touche aujourd’hui un salaire grâce à son sponsor, qu’il complète avec des cours dispensés sur les plages de la capitale. Après avoir participé à plusieurs épreuves de qualification pour la World Surf League, il espère pouvoir un jour concourir aux championnats du monde.

Mais alors que le surf a été intronisé comme nouveau sport aux Jeux olympiques (JO) de Tokyo en 2021, aux côtés du skateboard, de l’escalade et de la breakdance, aucun athlète sénégalais n’a réussi à se qualifier pour les jeux de Paris en 2024 lors d’une compétition internationale organisée début juin au Salvador. Une déception pour Ismaïla Samb, 20 ans, étoile montante de la discipline. « Pour le moment, je donne des cours de surf pour aider ma mère et la famille. Mais le but est de représenter le Sénégal et d’être qualifié aux JO », ambitionne le jeune homme, qui est encore à la recherche d’un sponsor pour pouvoir vivre de son sport.

« Attirer les marques »

Il espère suivre la voie d’Oumar Sèye, qui fut le premier surfeur professionnel sénégalais. Ce dernier a signé des contrats avec la marque de planches Rusty dès 1999, puis avec Salomon et enfin Rip Curl, qu’il représente encore aujourd’hui à Dakar. « Je ne suis pas le premier à surfer, mais j’ai changé l’image du surf sénégalais », se targue le businessman de 47 ans qui s’est fait connaître sous le nom de « Black Surfer ». Elu à la tête de la Confédération africaine de surf le 23 avril, il espère monter un circuit professionnel sur le continent, « afin que les surfeurs africains puissent gagner leur vie en Afrique ». « C’est à nous d’attirer les marques », poursuit-il, même si l’enjeu est également d’impliquer le secteur privé sénégalais.

Pour atteindre un niveau international, les jeunes doivent aussi gagner en expérience. « Ce sont les voyages qui nous permettent de nous améliorer, car il faut apprendre à surfer différentes vagues, qui “cassent” ou qui “tubent”, et être prêt à toutes les conditions », explique Ibra Samb, ajoutant que les surfeurs sénégalais ne sont par exemple pas habitués aux vagues de sable.

Les chevilles ouvrières de la discipline regrettent que les athlètes africains participent encore trop rarement aux compétitions internationales, faute de moyens. « Au-delà du financement, nous avons aussi le problème de la liberté de sortir du pays », l’obtention des visas n’étant jamais garantie, regrette Aziz Kane, l’un des entraîneurs de l’équipe nationale. Mais tous gardent dans leur viseur les JO de la jeunesse, dont la prochaine édition, en 2026, se tiendra justement à Dakar.

Sommaire de notre série « Surf, la nouvelle vague africaine »