Le fonds d’investissement KKR met la main sur l’éditeur d’Ernest Hemingway et de Stephen King

La maison d’édition américaine Simon & Schuster a changé d’actionnaires lundi 7 août, et avec elle une liste impressionnante d’auteurs à succès comme Stephen King, John Irving, Dan Brown ou Annie Proulx. Echaudé par une première tentative de vente bloquée par la justice, le groupe Paramount Global a joué la prudence en cédant cette fois son groupe d’édition, le quatrième sur le marché américain, au fonds d’investissement KKR. Un accord définitif a été conclu pour un montant de 1,62 milliard de dollars (1,48 milliard d’euros) qui sera payé entièrement en « cash », précise Simon & Schuster.

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La somme est bien plus basse que celle qui avait été proposée lors de son mariage raté avec son rival Penguin Random House (PRH), numéro un américain de l’édition et filiale de l’allemand Bertelsmann. Les deux concurrents avaient topé pour 2,2 milliards de dollars en novembre 2020, mais l’administration de Joe Biden, de plus en plus vigilante sur les méfaits potentiels des concentrations, s’était opposée à une telle union. Un procès de grande ampleur avait tenu en haleine tout le monde de l’édition outre-Atlantique, les plaidoiries s’étant succédé pendant trois semaines en août 2022 à la cour du district de Washington.

La juge fédérale Florence Pan avait finalement bloqué cette fusion le 31 octobre 2022 en estimant que le mastodonte issu d’une telle opération risquait de réduire le nombre d’ouvrages publiés et d’aboutir à moins payer les auteurs. Dans son jugement, elle redoutait que le rachat de Simon & Schuster par PRH ait « pour effet d’affaiblir le jeu de la concurrence de manière significative sur le marché des best-sellers ». Mauvaise affaire financière pour la filiale de Bertelsmann : PRH avait dû payer 200 millions de dollars au propriétaire de Simon & Schuster, ce que prévoyait une des clauses du contrat puisque l’achat ne s’était pas conclu.

Plusieurs investisseurs sur les rangs

La leçon a porté. C’est donc pour éviter tout problème de concurrence que le PDG de Paramount, Bob Bakish, a cette fois-ci choisi une solution qui semble plus facile en vendant à l’un des plus gros fonds d’investissement de la planète et non pas à l’un des « Big Five », le nom donné aux cinq plus gros groupes d’édition outre-Atlantique (qui comprennent, outre PHR et Simon & Schuster, Hachette Book Group, HarperCollins et Macmillan).

Selon le Wall Street Journal de vendredi 4 août, l’investisseur Richard Hurowitz était également en lice pour cette acquisition, soutenu par le fonds souverain d’Abou Dhabi Mubadala Investment Company. Arnaud Lagardère – à la tête du groupe du même nom, maison mère d’Hachette Book Group, la filiale américaine du groupe français – avait assuré, fin octobre 2022, qu’il serait sur les rangs si un jour Simon & Schuster était à nouveau à vendre. Il semble qu’aucune offre n’ait été déposée. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il aurait sans doute aussi été retoqué par la justice américaine.

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