La République dominicaine verrouille sa frontière avec Haïti sur fond de guerre de l’eau

A 6 heures, vendredi 15 septembre, la frontière entre Haïti et la République dominicaine est devenue étanche. Les quatre points de passage officiels situés le long de cette ligne de 376 kilomètres qui serpente du nord au sud de l’île d’Hispaniola sont désormais infranchissables, de même que les frontières maritimes et aériennes entre ces deux pays caribéens peuplés de 11 millions d’habitants chacun.

Le président dominicain, Luis Abinader, a annoncé l’entrée en vigueur imminente de cette mesure drastique dans la journée de jeudi, après l’expiration d’un ultimatum de quarante-huit heures adressé lundi au gouvernement haïtien pour exiger l’arrêt des travaux de construction d’un canal aux abords d’un cours d’eau frontalier. A l’issue d’une rencontre bilatérale infructueuse à Saint-Domingue, le chef de l’Etat « a affirmé que la frontière resterait fermée aussi longtemps que nécessaire pour mettre un terme à cet acte de provocation », a indiqué la présidence dans un communiqué. Néanmoins, ajoutent les autorités dominicaines, « les pourparlers se poursuivent avec le gouvernement haïtien ».

« La République d’Haïti privilégiera toujours le dialogue », a répondu ce dernier par la voie d’un communiqué du ministère de la culture et de la communication, dans lequel l’exécutif déplore une « annonce unilatérale du président dominicain » alors que les négociations étaient « en cours et sur une bonne voie ».

La structure « augmenterait le risque d’inondations »

La nouvelle pomme de discorde entre les deux nations voisines est un ouvrage de dimensions modestes : moins de 5 kilomètres de maçonnerie reliant les berges de la rivière Massacre à un bassin de distribution. Celui-ci permettra d’irriguer environ 3 000 hectares de terres agricoles dans le département haïtien du Nord-Est. La construction du canal sur la rive gauche de ce fleuve côtier, long de 55 kilomètres, avait démarré en 2018, pendant la présidence de Jovenel Moïse, et provoqué une première crise diplomatique avec le pays voisin à partir d’avril 2021. Les autorités dominicaines se plaignaient de ne pas avoir été informées de ces travaux qui, selon elles, contrevenaient aux dispositions du traité de paix, d’amitié perpétuelle et d’arbitrage, un document de 1929 qui interdit aux deux pays de détourner les cours d’eau frontaliers. En outre, la structure « augmenterait le risque d’inondations » dans la vallée du fleuve Massacre, soulignait la chancellerie dominicaine.

Les Haïtiens rassemblés sur le chantier de construction d’un canal d’eau de la rivière Massacre, partagée entre Haïti et la République dominicaine, à Ouanaminthe (Haïti), le 14 septembre 2023.

L’assassinat du président haïtien, en juillet de cette année-là, avait mis fin au projet et à la polémique. Mais le redémarrage des travaux de construction de ce canal, ces dernières semaines, a entraîné une nouvelle dégradation des relations bilatérales. « C’est le gouvernement dominicain qui a violé le traité de paix du 20 février 1929 », a écrit, le 3 septembre, l’ex-premier ministre Claude Joseph sur son compte X (ex-Twitter), en réponse aux protestations du voisin hispanophone. Dénonçant sans ambages un « discours alimenté par les ultranationalistes et racistes dominicains », l’ancien chef du gouvernement de Jovenel Moïse accusait le pays limitrophe d’avoir procédé à onze captages le long du petit fleuve.

Il vous reste 58.42% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.