la junte « dénonce » des accords militaires avec la France, le président déchu alerte sur l’« influence russe » au Sahel

Le président déchu du Niger, Mohamed Bazoum, séquestré à son domicile par des militaires putschistes, a pris la parole, jeudi 3 août, dans une tribune publiée par le journal américain The Washington Post. « J’appelle le gouvernement américain et l’ensemble de la communauté internationale à aider à restaurer l’ordre constitutionnel, se battre pour nos valeurs communes », écrit-il notamment, tout en rappelant les conséquences « dévastatrices » du coup d’Etat, notamment l’« influence russe » propagée par le Groupe Wagner dans la région du Sahel.

Dans le même temps, les putschistes ont déclaré dénoncer plusieurs accords militaires conclus avec la France, qui concernent notamment le « stationnement » du détachement français et le « statut » des militaires présents dans le cadre de la lutte antidjihadiste. « Face à l’attitude désinvolte et la réaction de la France relativement à la situation » du Niger, « le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie [CNSP, militaires au pouvoir], décide de dénoncer les accords de coopération dans le domaine de la sécurité et de la défense avec cet Etat », a déclaré un des putschistes. Environ 1 500 soldats français, sans compter les membres des forces spéciales, sont présents dans le pays.

Cette annonce intervient dans une séquence de rupture des liens préexistants entre la France, ancienne puissance coloniale, et le Niger. Depuis le coup d’Etat, les relations avec Paris se sont dégradées. Des incidents dimanche lors d’une manifestation devant l’ambassade de France ont entraîné l’évacuation, en urgence, de 577 Français. D’autres manifestations pacifiques ont eu lieu jeudi. Jeudi également, les programmes de RFI (Radio France Internationale) et de la chaîne de télévision d’information France 24 ont été interrompus, le jour de la fête des 63 ans de l’indépendance du Niger de la France. Les accès à l’ambassade française et à d’autres chancelleries proches étaient aussi bloqués par les forces de l’ordre nigériennes, ont constaté des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP).

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Les militaires ont par ailleurs déclaré mettre « fin » aux « fonctions » d’ambassadeurs du Niger en France, aux Etats-Unis, au Nigeria et au Togo, dans un communiqué lu à la télévision nationale, au moment où les pressions pour rétablir l’ordre constitutionnel se multiplient internationalement.

La Cedeao menace d’intervenir

Une délégation de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) est arrivée jeudi soir, à Niamey, afin de tenter de trouver une sortie de crise. Menée par l’ancien chef d’Etat nigérian Abdulsalami Abubakar, doit « rencontrer les putschistes au Niger pour présenter les demandes des dirigeants de la Cedeao », selon un communiqué de la présidence du Nigeria.

L’actuel président du Nigeria, Bola Tinubu, président en exercice de la Cedeao, lui a demandé de « tout faire » pour une « résolution à l’amiable » de la crise au Niger. La Cedeao a imposé de lourdes sanctions à Niamey et a donné jusqu’à dimanche aux auteurs du coup d’Etat pour rétablir dans ses fonctions Mohamed Bazoum sous peine d’utiliser « la force ». L’organisation ouest-africaine a dit se préparer à une opération militaire, même si elle a souligné qu’il s’agissait de « la dernière option sur la table », alors que plusieurs armées ouest-africaines, dont celle du Sénégal, se disent prêtes à intervenir.

Les putschistes au Niger ont annoncé qu’ils riposteront « immédiatement » en cas d’« agression ou tentative d’agression » contre leur pays par l’organisation régionale. « La Cedeao étant impersonnelle, toute agression ou tentative d’agression contre l’Etat du Niger verra une riposte immédiate et sans préavis des Forces de défense et de sécurité nigériennes sur un de ses membres, à l’exception des pays amis suspendus », a déclaré un des putschistes, dans une allusion au Burkina Faso et au Mali.

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Dans un entretien à l’AFP, l’ambassadeur du Niger à Washington, Kiari Liman-Tinguiri, a appelé la junte à « revenir à la raison ». « Si le Niger s’effondre, c’est d’abord tout le Sahel qui s’effondre, qui sera déstabilisé (…) et vous aurez Wagner et les djihadistes qui contrôleront l’Afrique de la côte à la Méditerranée », a-t-il prévenu avant d’être démis de son poste par Niamey dans la soirée.

Le Monde avec AFP