Jonas Vingegaard, Primoz Roglic, Remco Evenepoel… Une affiche de rêve pour la 78ᵉ Vuelta

A ceux qui se posaient la question, Tadej Pogacar a répondu sans détour : n’espérez pas le voir sur les routes du Tour d’Espagne, du 26 août au 17 septembre. « Pour une fois, je serai sur mon canapé », glissait le Slovène en marge des championnats du monde de cyclisme, organisés deux semaines plus tôt en Ecosse. Si la pépite de la formation UAE Team Emirates a choisi de s’accorder un peu de répit après une saison 2023 déjà « longue », son grand rival Jonas Vingegaard, en revanche, a bien ajouté la Vuelta à son programme estival. « Et, bien sûr, j’aimerais la gagner », a précisé le Danois de la Jumbo-Visma, qui s’est offert, le 23 juillet, son deuxième sacre de rang sur le Tour de France en écrasant la concurrence.

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Pas de quoi émouvoir pour autant Remco Evenepoel, maillot rouge sortant et en quête de la passe de deux sur les routes espagnoles. « Comment j’ai réagi quand j’ai entendu qu’il allait participer ? Bien. Pourquoi je réagirais mal ? », lançait le Belge de la Soudal Quick-Step à la RTBF, le 28 juillet, veille de sa victoire sur la Clasica San Sebastian. Au contraire, avançait alors le champion du monde 2022, la présence du double lauréat de la Grande Boucle va apporter « encore plus de spectacle » à une course qui s’annonce déjà « très relevée ».

Une bonne partie du gratin du cyclisme s’est donné rendez-vous pour cette 78e édition de l’épreuve, qui démarre par un contre-la-montre par équipes de 14,6 kilomètres, samedi à Barcelone (Espagne) : Geraint Thomas (Ineos-Grenadiers), maillot jaune 2018 et habitué des podiums sur les grands tours ; Enric Mas (Movistar), deuxième du Tour d’Espagne en 2018, 2021 et 2022 ; João Almeida (UAE Team Emirates), troisième du Tour d’Italie cette année ; Juan Ayuso (UAE Team Emirates), troisième de la Vuelta l’an passé ; et surtout Primoz Roglic (Jumbo-Visma), triple vainqueur de la boucle espagnole (2019-2021), qui a ajouté le Giro à son palmarès au mois de mai.

Le lauréat du Tour de France, grandissime favori ?

Forcément, sur le papier, la Jumbo-Visma et son duo Vingegaard-Roglic font figure d’épouvantails. « Ils ont les deux grands favoris, résumait Remco Evenepoel à la Radio-Télévision belge. De toute façon, le vainqueur du Tour [de France] sera toujours vu comme le grand favori. » A en croire les propos du manageur de la performance de l’armada néerlandaise, Mathieu Heijboer, dans la Wieler Revue, « il est réaliste [que le Danois] atteigne le même niveau sur la Vuelta [que sur la Grande Boucle] ».

Réaliste certes, mais sans aucune certitude, concède l’ancien coureur, qui développe : compte tenu d’une préparation plus courte, « il y a un facteur risque plus important ». Son leader n’a jusqu’à présent jamais doublé les épreuves de trois semaines et, dans l’histoire du cyclisme, seuls trois hommes se sont offert le Tour de France et la Vuelta la même année : Jacques Anquetil en 1963 et Bernard Hinault en 1978, quand la boucle espagnole se courait au mois de mai, puis Christopher Froome en 2017 avec le même calendrier qu’aujourd’hui.

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Reste aussi à savoir comment les rôles seront répartis au sein de l’armada néerlandaise, alors qu’officiellement aucune hiérarchie n’a été préétablie entre ses deux chefs de file. La dernière fois qu’ils ont partagé le statut de leader de la Jumbo c’était en 2022 sur le Tour de France : diminué par une chute dans les premières étapes, Primoz Roglic avait vu ses espoirs de jaune s’envoler prématurément et s’était mué en lieutenant de luxe pour le Danois – notamment lors du chef-d’œuvre du Granon, le 13 juillet – avant de déclarer forfait quelques jours plus tard.

Cette année, si Jonas Vingegaard, 26 ans, a survolé la Grande Boucle – devançant de plus de 7 min Tadej Pogacar au classement général –, son aîné, 33 ans, peut lui se targuer d’avoir remporté toutes les courses sur lesquelles il s’est aligné depuis la reprise de sa saison – Tirreno-Adriatico, Tour de Catalogne, Tour d’Italie et Tour de Burgos, le 19 août. Et si les deux hommes ont annoncé qu’ils se présenteront au départ de la Vuelta pour gagner en équipe – et faire, par la même occasion, de leur formation la première à s’adjuger les trois grands tours sur une même saison – chacun espère bien rallier Madrid avec le maillot rouge.

Mais la route jusqu’à la capitale espagnole est longue, tout comme la liste de leurs adversaires, qui espèrent secrètement que ce qui fait la force de la Jumbo-Visma sur le papier ne se révèle, au bout du compte, sa faiblesse.