Jeux olympiques, festivals, tourisme… « Les études d’impact économique sont les fossiles d’une période révolue »

La mesure des retombées économiques des événements sportifs, des festivals, des grands équipements ou du tourisme s’est désormais installée comme un acte rituel.

En première analyse, cette pratique apparaît vertueuse, en particulier quand elle semble garante du bon usage des deniers publics. Sans trop y réfléchir, on se réjouit que l’impact économique des Jeux olympiques d’été de Paris 2024 soit estimé entre 5,3 et 10,7 milliards d’euros par le Centre de droit et d’économie du sport (CDES). On se dit aussi, autre exemple, qu’il est heureux que le Festival d’Avignon affiche 50 millions d’euros de retombées économiques pour la région.

De fait, il ne saurait être question de minorer l’importance pour un espace donné, qu’il soit national ou local, de ce qui peut contribuer à sa prospérité. Pour autant, ces études posent un véritable problème démocratique, dès lors qu’elles sont brandies comme des pièces à conviction parées des atours de la scientificité.

Le cas de l’impact économique local des universités et des grandes écoles en est symptomatique. L’enjeu affiché de dizaines de publications en France depuis la fin des années 1990 est de mesurer la contribution des établissements d’enseignement supérieur à la richesse de leur territoire en termes d’emploi, de production ou de valeur ajoutée.

Mais, malgré leur prolifération, ces investigations supposées expertes, financées par ces établissements ou pilotées par les collectivités locales et leurs agences d’urbanisme, s’avèrent au mieux extrêmement spéculatives quand elles ne sont pas mensongères. Sans entrer ici dans des considérations techniques, quelques éléments suffisent à comprendre pourquoi (« Mesurer l’impact économique local des établissements d’enseignement supérieur français : une analyse critique », Guillaume Quiquerez, Revue d’économie régionale & urbaine n° 3, juin 2023).

Des résultats très disparates

La plupart sont focalisées sur les effets dans le circuit économique des dépenses liées au fonctionnement des universités et des grandes écoles sur le territoire concerné.

Plusieurs questions se posent alors. D’ordre pratique d’abord : comment accéder à des données de bonne qualité et exhaustives ? D’ordre méthodologique ensuite : à défaut d’une comptabilité publique régionale permettant d’observer finement l’interdépendance des secteurs, quelles hypothèses combiner pour simuler le comportement de cette économie locale face à une dépense donnée ? D’ordre épistémologique enfin : est-il vraiment sérieux d’imaginer qu’une université puisse disparaître du jour au lendemain ?

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