dix nouvelles surprenantes sur le ballon ovale

C’est un peu plus qu’un match. Une mêlée littéraire au jeu surprenant. Avec Des nouvelles de l’Ovalie, Les éditions Arcane 17 viennent de publier un joli petit livre à lire en ces temps de Coupe du monde. La maison tarbaise a voulu rendre hommage au rugby, cher en ses terres du Sud-Ouest, en publiant dix nouvelles écrites par des auteurs éclectiques (journalistes, joueur professionnel, auteur de polar, haut fonctionnaire ou professeur). Souvenirs de matchs mémorables, de pelouse froide piétinée, de panoplie rouge et noir enfilée ou d’enterrement au son de L’Estaca (l’hymne des supporteurs de l’Union sportive arlequins Perpignan), les dix textes – inégaux mais touchants – recèlent des petites perles qui montrent l’enracinement de la culture du ballon ovale.

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La plus aboutie est sans doute celle de Brice Torrecillas, qui, dans Au centre des poteaux, met en scène un caviste veuf et son jeune fils, supporteurs de l’équipe de Perpignan : les dimanches au stade Aimé-Giral, la sempiternelle anecdote d’un essai marqué par le père lors de sa splendeur, les clients qui hantent le magasin autant pour les bouteilles que pour parler du dernier match… Puis la passion qui cède le pas à l’engouement pour les livres, au grand dam du père, qui continue à aller seul supporter son équipe. L’éloignement creuse son lot de déceptions jusqu’à la mort accidentelle du vieux. Le fils va alors tenter une folie : enterrer les cendres du père sur son lieu de prédilection. Les mots pour dire la folle passion sont directs, le style, limpide, et le lecteur est saisi par l’émotion.

« C’est la dernière chose qui nous reste ! »

Le style est plus direct pour l’épisode de dystopie qu’offre Laurent Blondiau, ancien directeur de cabinet de Carole Delga. Le haut fonctionnaire, qui affiche pourtant plus volontiers sa passion pour le foot, a réussi un joli exercice avec son William, reviens, ils sont devenus fous. On suit ainsi un vieil ouvrier syndicaliste à la retraite monté à Paris pour visiter par surprise son fils haut placé dans un ministère, afin de lui passer un savon. L’heure est grave : le gouvernement a décidé d’interdire le rugby, sport jugé trop violent. Le regard sur la déconnexion des décisions libérales et la distance des politiques vis-à-vis des territoires ruraux sonne juste : « Pourquoi vous ne nous laissez pas tranquilles, hein ? Vous nous avez tout pris. L’usine, la poste, la gare, les jeunes et maintenant le rugby (…). C’est la dernière chose qui nous reste ! », gronde le père, avant de rappeler à son bureaucrate de fils la vallée d’où il vient.

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Il est aussi une nouvelle surprenante, la seule écrite par une femme : Laurence Biberfeld. Dans Mister Pack, l’autrice de romans policiers raconte l’accouchement d’une adolescente migrante par un médecin, entraîneur bénévole d’une équipe de déshérités. Aussitôt relevée, la jeune femme abandonne le bébé et rejoint la rue et les squats. On la retrouve quelques mois plus tard sur un terrain de Bègles, où l’association du toubib fait jouer ses protégées. Les pages les plus fortes sont celles qui narrent l’accouchement, avec la jeune exilée apeurée par la carrure et la gueule du toubib rugbyman penché au-dessus d’elle.

Le petit opus d’une centaine de pages recèle aussi son lot de nostalgie, de rappels du temps béni du sport amateur, et même d’un essai d’un rugbyman pro, Yohan Le Bourhis, joueur qui évolue en Top 14. Il ravira les aficionados comme les amateurs de la dernière heure.

Des nouvelles de l’Ovalie, Nouvelles collectives, Les éditions Arcane 17, 100 pages, 9 euros.

« Des nouvelles de l’Ovalie ». Nouvelles collectives, Les éditions Arcane 17, 100 pages, 9 euros.

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