Au Guatemala, une période de transition à haut risque pour Bernardo Arevalo

Bernardo Arevalo est entré dans une période de transition périlleuse. Elu triomphalement au second tour de la présidentielle du Guatemala, le 20 août, avec 60,9 % des voix, sur la promesse de combattre la corruption, ce sociologue, ancien diplomate et docteur en philosophie de 64 ans doit prendre les rênes du pays centraméricain le 14 janvier 2024. Mais lui et son parti, Semilla, sont, depuis deux mois, les cibles d’attaques judiciaires et de menaces plus insidieuses de la part des élites corrompues, qui se sentent menacées par sa future arrivée au pouvoir. Durant sa campagne, cet outsider avait dénoncé deux complots visant à l’assassiner. L’un d’eux, surnommé « plan Colosio », aurait été commandité par des agents de l’Etat qui ambitionnaient de l’éliminer avant le second tour. Des menaces jugées suffisamment sérieuses par la Commission interaméricaine des droits de l’homme pour qu’elle demande au gouvernement sortant d’Alejandro Giammattei de placer le candidat sous protection.

Lundi 28 août, après une semaine de suspense, le Tribunal suprême électoral a finalement validé les résultats du scrutin, officialisant la victoire de Bernardo Arevalo et de sa colistière, l’universitaire Karin Herrera. Mais le même jour, les magistrats électoraux suspendaient provisoirement le parti Semilla, qui a fait appel. Cette suspension fait suite à une enquête controversée lancée par le ministère public durant l’entre-deux-tours sur des anomalies présumées concernant l’enregistrement de membres du parti en 2017. Le secrétariat général de l’Organisation des Etats américains (OEA) a aussitôt dénoncé une décision « sans fondement », basée sur une « interprétation abusive de la loi ».

« Je vois ces messages contradictoires comme une guerre psychologique qui vise à paralyser la société et à pousser le gouvernement entrant à se défendre au lieu de mettre en place la transformation qu’il promet, avertit Luis Mack, politologue à la Faculté latino-américaine des sciences sociales. Ces attaques lui ôtent de l’énergie et démobilisent les citoyens. »

« Ingérence du ministère public »

Mardi 29 août, alors que le Mexique, l’Espagne et les Etats-Unis faisaient part de leurs inquiétudes face à des tentatives de « saper la démocratie », le président Giammattei a finalement annoncé le lancement d’un processus de transition « ordonné, transparent et surtout efficace » à partir du 4 septembre, auquel seront invités des observateurs de l’OEA.

« Le Guatemala devrait être en train de célébrer l’avancée démocratique, pourtant, on ressent une ambiance de perplexité et d’inquiétude. Je crains que la période de transition ne se déroule pas de manière pacifique », souligne Thelma Aldana. Cette magistrate de renom, ancienne candidate à la présidentielle, soutient que « le principal problème en ce moment est l’ingérence du ministère public dans le processus électoral ».

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