après sa disqualification contre une adversaire russe, l’escrimeuse ukrainienne Olga Kharlan assume son geste

La sabreuse ukrainienne Olga Kharlan a vécu, jeudi 27 juillet, une journée aussi historique qu’agitée. Pour la première fois depuis l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes en février 2022, une confrontation entre deux sportifs des deux pays en guerre – hors tennis puisque les joueurs et joueuses ne font pas partie d’une délégation officielle sur les circuits ATP et WTA – a eu lieu.

L’opposition lors des Mondiaux d’escrime à Milan entre Kharlan et la Russe Anna Smirnova a été rendue possible après que les instances ukrainiennes ont autorisé, dans la matinée, leurs sportifs à affronter des Russes et des Biélorusses si ces derniers concourent sous bannière neutre. La veille, mercredi, l’épéiste Igor Reizlin, compatriote de Kharlan, n’avait pas pu entrer en piste face au Russe Vadim Anokhin.

La nouvelle disposition du ministère des sports ukrainien est conforme à la recommandation du Comité international olympique (CIO) mise en œuvre par plusieurs fédérations internationales, dont celle d’escrime (FIE), pour réintégrer Russes et Biélorusses dans le sport mondial, à un an des Jeux olympiques de Paris.

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Disqualification « absolument scandaleuse »

Il y avait donc un parfum de plus qu’un match ordinaire, jeudi, dans le palais des congrès de Milan, où une vingtaine de membres de la délégation ukrainienne a poussé à pleine voix Kharlan, multipliant les « Slava Ukraïny » (« gloire à l’Ukraine »).

Mais, après avoir surclassé son adversaire russe, la quadruple championne du monde en individuel a refusé de lui serrer la main en secouant la tête, et a présenté son sabre pour que s’entrechoquent les lames, geste qui avait cours dans les salles d’armes au plus fort de la pandémie de Covid-19. Devant ce refus d’une poignée de main, Anna Smirnova a protesté et refusé de quitter la piste pendant près d’une heure, après la fin du match. Le refus de saluer étant passible d’une disqualification dans les règlements de la Fédération internationale d’escrime (FIE), elle a obtenu gain de cause. L’arbitre ayant déjà accordé la victoire à Kharlan, la Russe n’a pas été repêchée.

Cette disqualification « absolument scandaleuse » a suscité la colère de Mykhaïlo Podoliak, proche conseiller du président Volodymyr Zelensky. M. Podoliak a tweeté une photo non datée de Smirnova faisant un V de la victoire en compagnie d’un homme vêtu d’un treillis militaire : « Comme vous pouvez le voir, [Smirnova] admire ouvertement l’armée russe, qui tue les Ukrainiens et détruit nos villes. » Le ministre des affaires étrangères ukrainien, Dmytro Kuleba, a quant à lui demandé, sur X, qu’Olga Kharlan soit réintégrée dans la compétition.

« J’ai agi avec mon cœur »

« Mon message aujourd’hui, c’est que nous, les athlètes ukrainiens, nous sommes prêts à affronter les Russes sur les terrains de sport ou sur les pistes, mais nous ne leur serrerons jamais la main », a déclaré ensuite face à la presse Olga Kharlan.

« Ils ne nous forceront jamais à la paix. C’est ce qu’ils font en ce moment dans mon pays, ils nous forcent à déposer les armes et à faire la paix. Nous ne ferons jamais la paix. Nous pouvons les affronter dans le respect sur la piste, mais nous ne leur serrerons jamais la main », a justifié la quadruple médaillée olympique, qui pensait « être à l’abri » de toute disqualification après avoir eu la « parole » du président grec de la FIE, Emmanuel Katsiadakis.

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Dans une vidéo publiée sur sa page Instagram plus tard jeudi, la sabreuse est revenue sur l’incident. « Je ne voulais pas serrer la main de cette athlète, et j’ai agi avec mon cœur. Alors, quand j’ai appris qu’ils voulaient me disqualifier, ça m’a tellement tuée que je criais de douleur », déclare-t-elle, avant d’expliquer qu’elle est « revenue à la vie » grâce aux messages de soutien du public, « en particulier le soutien de nos combattants qui nous défendent ».

« Je pense que je comprends, comme tout le monde dans ce monde, dans un monde sain, que les règles doivent changer parce que le monde change », avance également celle dont la disqualification compromet grandement ses chances de participer aux Jeux olympiques de Paris, les points individuels acquis aux Mondiaux comptant double. D’où la réclamation portée par sa fédération pour permettre sa réintégration.

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De grands noms retoqués

L’escrime a été le premier sport à rouvrir la porte aux Russes et Biélorusses en mars. Tennis de table, canoë-kayak ou encore aviron lui avaient notamment emboîté le pas suivant les recommandations du CIO, qui avait préconisé leur retour en mars sous bannière neutre et à titre individuel.

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En escrime, 30 escrimeurs russes et 51 tireurs biélorusses se sont vu accorder en avril le statut d’« athlète individuel neutre » après examen de leurs dossiers respectifs par une société d’e-réputation, puis par un cabinet d’avocat avant l’approbation du comité exécutif de la FIE. Mais aucun grand nom de la discipline parmi eux : a été retoquée, par exemple, la championne olympique en titre de sabre individuel et par équipes Sofia Pozdniakova, par ailleurs fille de Stanislav Pozdniakov, lui-même ex-champion de sabre et président du comité olympique russe.

En réaction à la disqualification d’Olga Kharlan, le CIO a appelé à faire preuve de « sensibilité » à l’égard des sportifs ukrainiens. Mais l’incident de jeudi risque de faire partie d’une longue série de tensions dans les différentes arènes de sport.

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Le Monde avec AFP